En préambule
Les émotions occupent une place de choix dans les cabinets des psychologues.
Cause ou composante des troubles, elles sont presque toujours présentes dans le tableau clinique du patient et dans la relation thérapeutique.
Il peut sembler étrange d’être en quelque sorte malade de nos émotions alors que celles-ci ont une finalité adaptative aussi vieille que la vie elle-même : elles sont un signal qui prépare à l’action.
Il arrive pourtant que nos émotions soient trop intenses ou trop envahissantes dans notre vie psychique et personnelle. Elles focalisent alors notre attention et nous empêchent d’agir efficacement, c’est à dire dans le but de protéger notre bien-être.
Le signal émotionnel ne remplit plus correctement son rôle et nos émotions deviennent en quelque sorte dysfonctionnelles.
Une partie du travail du psychologue est celui d’un traducteur qui aide son patient dans la reconnaissance et la lecture des signaux émotionnels.
Les émotions des bactéries
Au commencement était…l’homéostasie
Quand la vie apparut sur terre il y a 3,5 milliards d’années, ce fût sous la forme de bactéries.
Ces bactéries étaient dès l’origine dotées de ce qui allait ensuite permettre toute l’évolution du vivant. Elles disposaient de la propension innée à protéger leur propre existence et à favoriser la perpétuation de l’espèce.
Le philosophe Spinoza décrit dans son traité « L’éthique » cette étonnante loi du vivant : les organismes s’efforcent, par nécessité, de persévérer dans leur être. Cet effort nécessaire constitue leur essence réelle.
D’un point de vue scientifique cette propriété s’appelle l’homéostasie et se définit au sens strict comme « la capacité des organismes vivants à maintenir un environnement interne stable et constant, malgré les changements dans l’environnement externe ».
Depuis cette première définition le concept d’homéostasie s’est élargi. Il est devenu une pierre angulaire de la physiologie et de la biologie, car il décrit le processus de régulation physiologique qui permet aux organismes vivants de s’adapter et de survivre dans des environnements changeants.
Les premières émotions au service de l’homéostasie
Pour pouvoir protéger leur existence les bactéries devaient être en mesure d’agir.
A cette fin elles étaient « génétiquement » dotées des mécanismes à la base de toutes les émotions : aller vers ce qui favorise la vie et éviter ce qui la menace. Comportements d’approche et comportements d’évitement.
Grâce à l’homéostasie et à ce répertoire émotionnel primitif, les bactéries originelles purent accomplir des prouesses : s’éloigner du danger, se reproduire, former des colonies, coopérer, communiquer et même organiser la division de leur travail pour être plus efficaces.
La sélection diversifia les espèces et inscrivit dans leur patrimoine génétique des moyens de plus en plus adaptés à la survie.
L’approche et l’évitement ont perduré. Ils ont ensuite été respectivement associés au plaisir et à la souffrance, puis à la récompense et à la punition chez les organismes les plus évolués.
Les émotions de l’espèce humaine
Pour ce qui est de l’espèce humaine, dans son passionnant ouvrage « L’ordre étrange des choses », le neurologue Antonio Damasio souligne l’importance des émotions dans le développement culturel et civilisationnel.
La médecine a permis de réduire les souffrances, les croyances et les rites ont limité l’effet des incertitudes, les lois et les normes ont protégé l’individu et les groupes.
Depuis le début de l’humanité, les êtres humains ont éprouvé toute une gamme d’émotions, allant de la joie à la tristesse, de l’amour à la haine et de la peur à la colère. Ces émotions font partie intégrante de notre expérience en tant qu’êtres humains et sont aussi vieilles que le monde (humain) lui-même.
En effet, il est probable que nos ancêtres les plus lointains aient éprouvé des émotions similaires aux nôtres. Bien que la manière dont nous exprimons et ressentons nos émotions ait évolué au fil du temps, la base de ces émotions est restée la même.
Les émotions sont souvent considérées comme des réponses automatiques à des stimuli externes. Par exemple, si nous voyons un animal sauvage, nous pouvons ressentir de la peur, ce qui déclenche une réponse physiologique dans notre corps, telle que l’accélération du rythme cardiaque et une augmentation de la production d’adrénaline.
Cependant, les émotions ne sont pas uniquement une réponse à des stimuli externes ; elles peuvent également être déclenchées par des pensées et des souvenirs internes.
Elles peuvent aussi « dérailler »
Quand nos émotions déraillent
Malgré leur sélection par l’évolution il est paradoxal de constater que chez l’homme, certains de ces mécanismes émotionnels qui ont traversé l’histoire du vivant ne servent pas toujours efficacement la survie.
Sans doute est-ce dû en partie au fait que les civilisations ont évolué bien plus vite que le temps de la génétique, et pas seulement au cours des dernières décennies.
Le stress chronique qui s’accumule quand l’homme ne peut ni fuir ni combattre, l’anxiété qui se nourrit à l’infini de dangers potentiels, ou encore les addictions qui mettent en surchauffe nos circuits de la récompense, constituent quelques exemples « modernes » du déraillement de la machine émotionnelle.
Nos émotions, d’intensité très variable selon la génétique et l’expérience des individus, restent biologiquement irrépressibles. Plus exactement c’est leur déclenchement qui échappe à notre contrôle.
Alors le mieux que l’on puisse faire pour éviter qu’elles nous envahissent c’est de tenter de les réguler, en apprenant à mieux les percevoir quand elles surviennent, à mieux les identifier et à mieux les accepter.
Merci pour ce post très intéressant, utile et nécessaire : les émotions comme moteur pour protéger notre bien être. Les reconnaître pour mieux les connaître et les utiliser pour nous et non contre nous 😊